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Un nouveau village...mondial

01/09/2017
Nous vivons une révolution sociale et culturelle inédite. Elle provient de la rencontre entre des modes de penser, de croire et de s’identifier traditionnels, liés à un territoire historique et qui se confrontent à la globalisation de l’économie d’une part et aux flux migratoires d’autre part. Ces transformations exigent de repenser l’altérité et le « vivre ensemble » au sein de la société comme de l’entreprise.

Si James L.Watson définit la mondialisation en termes culturels, un processus qui marquerait « l’expérience de la vie quotidienne », la « mondialisation des cultures » désignerait selon J.P.Warnier, d’abord « la circulation des produits culturels à l’échelle du globe ». Mac Donald’s, le Père Noël, le football ou encore l’olympisme ne résultent-ils pas d’une interaction entre commerce et cultures ? Si l’Inde a absorbé avec succès les normes hollywoodiennes de l’industrie du cinéma, Mc Donald’s y propose désormais des menus végétariens. Il faut sans doute mesurer aujourd’hui l’importance que revêt la vélocité grandissante de la transmission des idées et des produits. En fait, une accélération qui nous a menés en quelques millénaires du commerce à dos de chameau au commerce électronique. L’entreprise devient ainsi l’espace privilégié de la rencontre d’une diversité de profils œuvrant à l’accomplissement d’un projet collectif. La diversité est la norme mais aussi le défi pour les organisations humaines. Mais au fond, son expansion est plutôt une bonne nouvelle puisque, selon Claude Lévi-Strauss, tout groupe humain se construit au contact d’autrui. Seul le regard de l’Autre dans sa différence avec moi confirme mon identité, affirmait Hannah Arendt. Cela n’a jamais été aussi vrai, qu’aujourd’hui.
Au commencement, il s’agit toujours de territoires, d’identité et de transmission, y compris pour de nombreuses entreprises multinationales actuelles, qui  continuent de se définir en fonction de leurs origines « les ex de X » plusieurs années après la signature d’accords de fusion.

L’attachement à la terre nourricière définissait jadis l’identité d’une personne. La question n’était pas : «Qui es-tu ? », mais : «D’où viens-tu ? ». Le citoyen d’Athènes n’était-il pas supposé être « né de la terre» et non des femmes ? Les hommes d’un même groupe seraient alors du même sang, reliés entre eux par une mère commune, leur pays. L’identité collective est alors garantie par l’appartenance à un territoire matriciel. Le ferment de la société était alors la ressemblance, une même divinité protectrice, une langue commune, une alimentation commune et une apparence faisant office de miroir de l’âme. La différence était alors étrange, voire étrangère, supposée source de chaos. Pourtant, il ne peut y avoir d’identité sans rencontre avec autrui, «  nous n’existons jamais au singulier », écrivait Emmanuel Levinas.

Aujourd’hui, la globalisation de l’économie contribue à la désacralisation des territoires et à l’émancipation des cultures qui s’y sont édifiées. L’ailleurs rencontre l’ici. Alors que les systèmes religieux de pensée sont historiquement attachés à un peuple et un territoire, le buissonnement religieux qui résulte de la globalisation – notamment via les Technologies d’Information et de communication (TIC)  et la grandissante mobilité internationale - intensifie la concurrence des convictions. Ce pluralisme inédit se mesure et se vit différemment selon le patrimoine social, religieux, politique et philosophique d’une région. Ce bouleversement ne conduit pas à la disparition du religieux, mais au contraire à sa revitalisation. Se pose alors la question dans les démocraties de la coexistence équitable d’une diversité de cultures et de religions sur un territoire désormais partagé.

Patrick Banon
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