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SIDA, de la recherche au Nobel

01/06/2017
Il y a près de 35 ans fut découvert le virus du Sida. Grâce à des coopérations internationales et à des approches pluridisciplinaires, il a été possible de réduire de façon significative la multiplication du virus. Aujourd’hui, on sait traiter la maladie, mais le combat se poursuit. Retour sur le cheminement d’une chercheuse qui met en garde contre les idées préconçues et valorise la rencontre des patients.

Une mobilisation sans précédent a eu lieu depuis 1981, date de la découverte de cette maladie, et 1983, date de la découverte du virus. Le VIH est sans doute le virus que l’on connaît le mieux aujourd’hui, du point de vue protéique, génomique et biologique ; on connaît sa diversité génétique parfaitement, ainsi que les molécules qu’il utilise pour rentrer dans les cellules et son mode de réplication dans l’organisme.

La première molécule antirétrovirale utilisée, l’AZT n’était pas suffisante ; il fallut attendre 1996 pour montrer qu’une combinaison de trois médicaments permettait de réduire cette fois de façon significative la multiplication du virus, de façon stable, à condition que l’on n’arrête pas le traitement. Depuis, plusieurs types d’anti rétroviraux ciblant plusieurs étapes du cycle de réplication du virus ont été développés.

Aujourd’hui, on sait grâce à de larges études aux États-Unis, en Europe, notamment en France, mais aussi dans les pays à ressources limitées, traiter la maladie.

Les combinaisons thérapeutiques utilisées permettent de contrôler la multiplication des virus, de restaurer partiellement la défense immunitaire, d’améliorer les conditions de vie et d’augmenter à un niveau quasi-normal l’espérance de vie des patients. Aujourd’hui, les patients vivent avec le VIH sous traitement. De plus, on sait aussi que lorsqu’une personne infectée est diagnostiquée et traitée tôt après son infection, le risque qu’elle transmettre son infection aux autres est extrêmement faible. En d’autres termes, diagnostiquer, traiter tôt est aussi prévenir contre l’infection VIH.

La prévention comporte beaucoup d’outils efficaces tels que les préservatifs, les conseils ou l’éducation pour les plus anciens, mais aussi des outils nouveaux à base d’antirétroviraux (prophylaxie pré-exposition ou PreP, prophylaxie post-exposition ou PeP, film, anneaux vaginaux etc.) qui permettent aux personnes, y compris aux femmes de se protéger.

D’énormes progrès dans l’accès aux soins ont été réalisés : nous devons remercier les collègues activistes car les chercheurs n’auraient jamais réussi seuls à faire baisser les prix des médicaments. Au plan mondial, la couverture de l’accès aux soins a évolué, surtout depuis 2003 grâce à tous les efforts internationaux. En 2015, un grand pas a été franchi avec 15 millions de personnes dans le monde sous antirétroviraux. 4 millions de décès ont été évités depuis 2005 ainsi que 38% de nouvelles infections.

Ces progrès ont été extraordinaires, mais pas suffisants car de trop nombreux pays ont une couverture thérapeutique encore trop faible. Seuls environ 50% des personnes infectées ont accès à ces traitements dans le monde. Il faut donc poursuivre le combat contre le SIDA ; l’OMS et l’ONUSIDA ont fixé un nouvel objectif, appelé 90-90-90, afin de stopper l’épidémie de VIH/SIDA d’ici 2030.

37 millions de personnes vivent actuellement dans le monde avec le VIH SIDA ; le premier objectif est de parvenir à diagnostiquer 90% d’entre eux. En effet,  on estime que 30% à 50% de porteurs du VIH, selon les régions, ignorent leur séropositivité. Le deuxième objectif est de mettre 90% de ces 90% de ces personnes diagnostiquées sous traitement et de les maintenir sous traitement à vie, le troisième objectif étant un contrôle permanent du virus chez 90% d’entre eux.

Ces objectifs vont demander énormément d’efforts au niveau international et au niveau des politiques nationales car il faudra renforcer les systèmes de santé, la gouvernance au niveau des pays, permettre des dépistages précoces à large échelle chez les patients, améliorer l’approvisionnement des anti rétroviraux. Il faudra faire intervenir la société civile pour la prise en charge des personnes touchées. Il demeure également nécessaire de lutter contre les discriminations qui persistent à l’égard des patients et qui est inacceptable. 76  pays dans le monde ont une politique répressive vis-à-vis des personnes touchées par le VIH. Il s’agit donc d’un gros chantier alors que la recherche doit continuer, car nous ne disposons toujours pas de vaccin pour prévenir, ni de traitement pour guérir de l’infection. Il y a encore beaucoup à faire à l’aide d’une recherche pointue, fondamentale, sur les mécanismes responsables de la persistance du virus sous traitement et sur ceux de notre défense immunitaire qu’il faut induire pour contrôler voire protéger conte l’infection.

 

Pr Françoise Barré-Sinoussi
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