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La Russie et le multilatéralisme

18/07/2018
Le soutien indéfectible de Vladimir Poutine au régime syrien reste lié à la présence de la flotte russe en Méditerranée. Cette stratégie est le fruit d’une politique étrangère ancienne, préoccupée par l’accès aux mers chaudes. Regards sur la Russie qui se tourne de plus en plus vers l’Asie.

Lors de la fin de l'URSS, sous l’ère de Boris Eltsine (éclatement de la Yougoslavie, guerre de Tchétchénie) la Russie n’est plus en mesure de se faire entendre et se trouve régulièrement humiliée. Pourtant, c’est Mikhail Gorbatchev qui, en 1989, a lancé le projet d’édifier « une maison commune européenne », projet auquel les États-Unis se sont opposés suivis par les Européens ! C’est aussi Gorbatchev qui a accepté la demande d’Helmut Kohl de réunifier l’Allemagne, contre l’engagement que l’OTAN ne s’avancerait pas près des frontières de l’URSS ; c’est aussi lui qui a dissous le Pacte de Varsovie, espérant générer une défense européenne dont la Russie ferait partie. Aujourd’hui seul l’OTAN subsiste ! C’est Eltsine qui a proclamé non seulement l’indépendance des États membres de l’ex-URSS mais aussi la fin du communisme. Tous ces actes ont été accomplis dans l’espérance que la Russie serait accueillie et accompagnée dans sa reconstruction par l’Europe. Il n’en fut rien. Quand l’Europe crée un « partenariat oriental » en 2009, six États de l’ex-URSS y entrent, mais la Russie en est exclue. Cette attitude de l’Europe a suscité en Russie un profond sentiment de frustration et d’humiliation d’autant plus fort que durant la période 2004-2014, l’Europe devient ouvertement antirusse.

 

POUTINE OU LA TENTATION ASIATIQUE

C’est dans ce contexte que Vladimir Poutine, toujours attaché à ne pas rompre les liens avec la tradition européenne millénaire de son pays, a réagi. Il a compris plus tôt que les Européens que le monde a changé, qu’il y a un glissement géopolitique vers les pays émergents et surtout vers l’Asie. La Russie engage alors un multilatéralisme actif et réussi en participant à la formation des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) et de l’Organisation de Coopération de Shanghaï (OCS). Aujourd’hui l’OCS est formée de huit États membres : Russie, Chine, Kazakhstan, Kirghizstan, Tadjikistan, Ouzbékistan, Inde et Pakistan. Enfin la Russie a lancé en 2014 l’Union économique eurasiatique en vue d’élaborer une union économique du continent eurasiatique (L’UEEA comprend la Russie, la Biélorussie et le Kazakhstan et depuis 2015 le Kirghizstan et le Tadjikistan). 

La Russie tisse des liens de plus en plus profonds avec l’Asie ; il s’agit de répondre à la marginalisation de la Russie par l’Europe, comme l’a montré la réduction du G8 à un G7 par l’exclusion de la Russie en 2014 à la suite de l’annexion de la Crimée et de montrer sa capacité à fédérer en dépit des sanctions qui affectent son économie et humilient le peuple russe.

Face aux attaques américano-européennes, liées au rôle présumé des hackers russes dans la vie politique intérieure des États-Unis et de l’Europe, Vladimir Poutine réagit avec vigueur, dans son discours lors du forum de Saint-Pétersbourg (2016), proposant la création d’un grand partenariat eurasien dans lequel pourrait entrer les pays membres, des BRICS, de l’OCS, de l’UEEA et même l’Union européenne. Le multilatéralisme positif est aujourd’hui la démarche que promeut Vladimir Poutine et qui l’oppose aux États-Unis. Ces derniers affirment leur attachement à l’unilatéralisme ; ils souhaitent prendre leurs décisions en toute et exclusive souveraineté. Vladimir Poutine a fait le choix de l’avenir en proposant une formule du polycentrisme à l’échelle mondiale. Face à ce défi, l’Europe est à l’heure du choix : la Russie appartient à la civilisation européenne et doit le rester. Elle est aussi le pont qui relie l’Europe à l’Asie et peut faire participer l’Europe au développement asiatique. Sans le pont de la Russie, l’Europe sera condamnée au repli sur elle-même.

Jean-Pierre Arrignon
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