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Dette : une charge à retardement

01/02/2017
La France a récemment bénéficié d’une légère croissance économique, mais masquée par la chute des prix du pétrole, la faiblesse de l’euro, et des taux d’intérêt historiquement bas. L’inversion de ces tendances risque de plonger le pays dans une situation telle qu’il ne pourrait plus supporter la charge de sa dette. De profondes réformes structurelles pour améliorer la compétitivité de ses entreprises et une baisse drastique des dépenses publiques apparaissent urgentes.

Frappée d’une procédure de sanction pour déficit excessif depuis 2009, la France a bénéficié de deux reports successifs pour ramener son déficit à 3% du PIB, conformément au Pacte de stabilité et de croissance sur lequel elle s’est engagée avec ses partenaires européens.
Après avoir considéré, en début d’année 2016, que l’objectif sur lequel s’était engagée la France de ramener son déficit sous la barre des 3% en 2017 était inatteignable, la Commission de Bruxelles a été amenée à corriger son jugement dans un sens plus positif, au vu du projet de budget 2017 présenté par le gouvernement français.
Ce projet de budget qui prévoit un déficit 2,7% du PIB, conforme aux engagements pris à l’égard de Bruxelles, avait été jugé « improbable » par le Haut conseil des finances publiques, en raison  des hypothèses jugées trop optimistes sur lesquelles il avait été bâti.
En dépit de la grande mansuétude dont la Commission fait preuve à son égard, la France, de toute évidence, ne respecte pas les engagements qu’elle a souscrits dans le cadre du pacte européen signé en 2012. Ce traité, imposé par l’Allemagne à ses partenaires en échange de sa solidarité financière, introduisait une « règle d’or », à savoir le respect de l’équilibre budgétaire, en limitant le recours à l’emprunt au financement des investissements. La France continue à financer ses dépenses courantes et  sociales par l’emprunt et sa dette est en progression constante (+ 3% en 2016 alors que la croissance de économie n’a été que de 1,2%)  

Dans un contexte marqué par le ralentissement de la croissance européenne à laquelle nous assistons depuis quelques mois, une forte remontée des taux entraÎ-nerait l’explosion de la bulle obligataire, une contraction de l’activité économique, une hausse du chômage et l’impossibilité pour les États les plus endettés (France et pays du sud de l’Europe) de supporter la charge de leur dette.   

Pour la France, selon l’Agence France Trésor qui a la charge de gérer la dette de l’État et de tous ses démembrements , une hausse des taux de 1% entraînerait une hausse pour les finances publiques de 40 Mds€ en termes cumulés sur une période de 5 ans. Étant donné que le budget de l’État ne dégage pas d’excédent primaire (hors paiement de la charge de la dette) il se créerait alors un effet « boule de neige » qui rendrait la charge de la dette insoutenable et conduirait la France au défaut de paiement.
Le montant des ressources à mobiliser pour éviter à la France d’être mise en défaut de paiement, excédant très largement les possibilités d’intervention du Mécanisme de Sauvetage Européen (MES) le gouvernement se trouverait contraint à taxer le patrimoine des Français pour échapper à un désastre financier.


En 2017, le maintien de la France dans la zone euro constituera l’un des enjeux majeurs de la prochaine élection présidentielle. Les Français seront appelés à choisir entre deux politiques économiques, l’une fondée sur la rigueur budgétaire, la réduction des déficits et de la dette dans le cadre de la zone euro, et l’autre fondée sur une relance de la croissance par une dévaluation monétaire impliquant une sortie de la zone euro.
Joseph Stiglitz, Prix Nobel d’économie, et la plupart des économistes français et étrangers considèrent aujourd’hui que la zone euro dans sa configuration actuelle n’est pas viable et constitue un frein à la croissance. Depuis sa création en 1999, cette zone monétaire a connu une croissance beaucoup plus faible que celle enregistrée, au cours de cette période, par les pays avancés hors de la zone.
Il faudra bien finir par admettre que le principe d’un taux de change fixe, entre 19 États présentant une grande hétérogénéité, notamment sur le plan de la productivité de leur économie, crée des écarts de taux virtuels entre les pays de la zone ne pouvant être compensés que par une dévaluation interne, c’est-à-dire par une baisse des revenus et des prix  se traduisant par des coûts sociaux insupportables pour les populations concernées.
Comme le souligne Jacques Sapir, dans un de ses récents articles paru dans Le Figaro, la zone euro a recréé au niveau européen une situation comparable à celle du Bloc-or qui a prévalu entre les deux guerres, entre les trois principales monnaies (dollar, livre anglaise et franc français) et qui devait aboutir à la crise de 1929.
La Zone euro repose sur une vision mythique de l’Europe qui ne pourrait survivre que dans le cadre d’un État fédéral, capable d’harmoniser la politique fiscale et sociale au sein de la zone et de réaliser une solidarité financière entre les États membres.  

Jacques Albugues
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