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Cherchez la faute

01/12/2017
Depuis plusieurs décennies, les tolérances grammaticales ont voulu atténuer les difficultés de la langue française. Les messages écrits envoyés par téléphone remettent en cause l’orthographe exacte des mots. Est-on face à une dépréciation de notre culture ou à une évolution naturelle et nécessaire du langage pour faciliter la communication entre les hommes ?

 

Chaque année, nos dictionnaires usuels, parce qu'ils se veulent attentifs à l'évolution de la langue, mettent un point d'honneur à enrichir leur nomenclature de mots nouveaux. Mais à ceux que nous devons à la mode et au progrès se sont récemment ajoutés, que ce soit par la grande porte des entrées ou par le vasistas des variantes tolérées, ces vocables qui ont fait peau neuve sous les coups de boutoir des Rectifications de 1990. Un mot qui change de graphie est bien un nouveau mot, qui vient heurter des habitudes ancrées depuis des décennies, et auquel il importe malgré tout de s'accoutumer, au besoin dans la douleur. Pas forcément pour l'utiliser (il y a longtemps que les réformateurs ont fait leur deuil de ce doux rêve : ils savent bien qu'en dehors d'une poignée de prosélytes l'immense majorité des gens de mon âge mourront leur accent circonflexe à la main, et voyant dans leur propre disparition un événement tellement grave qu'il mérite bien deux accents aigus) ; mais pour le reconnaître dans ses nouveaux atours si d'aventure il vient sonner à notre porte. Ce n'est jamais chose facile car, mine de rien, c'est une remise en cause radicale de notre système de valeurs : quand on s'est répété durant toute une enfance que le chapeau de la cime est tombé dans l'abîme, on s'étonne forcément de ne plus le trouver, du jour au lendemain, au fond de l'abîme en question !

Nous n'avons évidemment pas attendu la nouvelle orthographe, comme on l'appelle aujourd'hui, pour nous aviser que ce français qui nous est si cher n'était pas avare de contradictions, voire d'absurdités. Sans aller jusqu'à s'en réjouir, à l'exemple d'illuminés de mon espèce pour qui ces bizarreries constituent au premier chef le sel de la langue, beaucoup s'en accommodaient. Il est certes cocasse de devoir mettre un seul « l » au verbe alourdir quand il en faut deux à alléger. De devoir refuser un second « f » à l'enflé, au gonflé, et même au boursouflé alors que vous l'accordez sans barguigner au premier essoufflé venu ! Il est tout aussi douloureux de passer pour un imbécile (avec un « l ») chaque fois que l'on n'en met pas deux à imbécillité. Et je ne vous parle pas de certaines règles de syntaxe, comme celle qui nous oblige à écrire que plus d'un élève est venu (alors qu'il suffit de réfléchir un tantinet pour s'apercevoir qu'ils sont au moins deux), mais, en contrepartie, que moins de deux élèves sont venus (alors qu'à tout casser, et fût-ce en maths modernes, ça n'en fait jamais qu'un).

Alors on s'est lancé dans une vaste entreprise de rationalisation, oubliant peut-être pour l'occasion qu'une langue, parce qu'elle est humaine, parce qu'elle est autre chose qu'une construction intellectuelle ex nihilo, ne saurait échapper à ces contradictions-là.

Bruno Dewaele
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