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Ces toits qui se racontent

01/07/2017
Les toits de tuiles multicolores occupent une place importante dans l’identité visuelle de la Bourgogne et de la Franche-Comté, mais on ne saurait néanmoins les confondre. Châteaux, églises, hôpitaux et belles demeures sont dotées de toitures polychromes qui sont de véritables œuvres artistiques, exportées dans toute l’Europe.

La création des tuiles à emboîtement et la mécanisation de la production au XIXe siècle ont largement abaisser le prix de revient des toits polychromes d'auparavant. Les architectes restaurateurs (en particulier Viollet-le-Duc, Millet, Selmersheim, Suisse, Sauvageot) en exploitent les possibilités à partir de 1850. L’architecture éclectique prendra le relais, avant de le passer à l’Art nouveau. Des modèles circulent. On peut citer à titre d’exemple les multiples déclinaisons de la trame en damier, relevée par Millet sur l’abbaye médiévale de La Bénisson-Dieu (Loire) et replacée à la fin du XIXe et au début du XXe siècle sur des églises comme celles de Bouhans (Haute-Saône) ou de La-Tour-du-Pin (Isère), puis sur divers clochers et de nombreuses maisons. Des variations plus complexes apparaissent aussi bien sur le prieuré de Vaux-sous-Poligny (Jura) que sur le Palais synodal de Sens (Yonne). Un autre motif, traditionnel de Troyes (Champagne), couvre encore aujourd’hui la nef de Beaujeu-Saint-Vallier (Haute-Saône). Parallèlement à la diversification des formes de tuiles, s’élargit la gamme colorée. Les glaçures au plomb s’enrichissent d’étain. C’est pourquoi l’on parle dès lors de tuiles « émaillées » ou « faïencées », susceptibles de présenter toutes les nuances de teintes. Les bleues et les blanches se placent au sommet de l’échelle des prix, et deviennent un signe ostentatoire de richesse. La mode des toits colorés, véhiculée par les journaux professionnels, les catalogues de tuileries, et portée par les expositions universelles, s’est étendue à toute l’Europe entre 1880 et 1914. Il n’est donc pas surprenant d’observer des réalisations très similaires à Auvet (Haute-Saône) et à Beaune (Côte-d’Or), à Dampierre-sur-Salon (Haute-Saône) et Pontailler-sur-Saône (Côte-d’Or), à Dole (Jura), Dijon (Côte-d’Or) et Bourbonne-les-Bains (Haute-Marne). Comme nombre de casinos français, celui de la Mouillère, à Besançon, eut droit à sa trame losangée.

En Bourgogne, on relève l’étonnante densité de présence des toitures polychromes, liée à l’impressionnante capacité de production des tuileries de Saône-et-Loire (deuxième centre tuilier de France, après Marseille, en 1901, selon l’étude d’Ardouin-Dumazet). La région va privilégier les grandes surfaces planes, en restaurant ou créant des couvertures de maisons, d’hôtels particuliers, d’hôpitaux et de châteaux à Dijon, Quetigny, Beaune, Aloxe-Corton, Autun, Chevigny-en-Vallière et dans tant d’autres lieux. La Franche-Comté va en revanche concentrer l’usage des tuiles glaçurées sur ses clochers.

Catherine Baradel-Vallet
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