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Arabie saoudite, du miracle au mirage

25/01/2018
L’Arabie saoudite connaît actuellement une situation difficile, tant sur le plan successoral et économique que diplomatique. Différentes erreurs ont favorisé les autres puissances régionales, menacent les équilibres géopolitiques ainsi que la paix au niveau mondial.
Le prince héritier Mohammed Ben Salmane (MBS) donne une impulsion nouvelle à L'Arabie saoudite

En 2017, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, Bahreïn et l’Égypte ont rompu leurs relations diplomatiques avec le Qatar. Il a été imposé à ce pays un quasi blocus. Pourquoi un tel contentieux au sein du Conseil de coopération du golfe qui cherchait systématiquement à véhiculer une image unie au monde ? Cette tension s’explique car l’Arabie saoudite se porte mal. Ce pays, tel qu’on le connaît, risque de ne plus exister d’ici quelques années et pourrait devenir le quatrième ou cinquième pays arabe, depuis le Soudan, à connaître sa dislocation.

L’été dernier, le roi a écarté du pouvoir le premier prince héritier -Mohammed ben Nayef - aujourd’hui assigné à domicile, un homme respecté de la communauté internationale, au profit de son fils favori, Mohammed ben Salmane. Il est connu sous l’acronyme de MBS et devient l’unique prince héritier. Cela ne s’est jamais vu dans l’histoire successorale de ce pays.

Le prince héritier unique de l’Arabie saoudite a 32 ans. Lorsqu’il a été désigné deuxième prince héritier il y a deux ans, il ne parlait pas anglais et n’avait pas fait d’études. La zizanie règne au sein de la famille royale qui considère que le choix de ce jeune prince inexpérimenté, non instruit, représente un danger pour la pérennité du pays. Ce danger s’est déjà manifesté à travers la politique hasardeuse déployée par l’Arabie saoudite au Yémen il y a quatre ans, lorsque les Saoudiens ont lancé une guerre contre ce pays, qu’ils ont appelée « Tempête décisive ». Il s’agit de l’une des crises les plus importantes actuelles, l’armée saoudienne campe à 1 500 km de Sana, capitale de ce pays qu’elle a voulu prendre. Maintenant, les Saoudiens cherchent à terrasser le Qatar.

L’autre problème des Saoudiens demeure la baisse des cours pétroliers. L’Amérique va produire davantage de pétrole. Le retour de l’Irak sur le marché international, du pétrole, et celui de l’Iran après l’accord nucléaire vont provoquer en 2018 une surproduction. Le baril pourrait valoir moins de 40 dollars au cours de cette année. Ainsi, l’Arabie saoudite, va connaître d’ici peu un déficit budgétaire de 120 à 150 milliards de dollars chaque année. Comment les Saoudiens pourront-ils payer les 380 milliards de mémorandum qu’ils ont signé avec les Américains, dont 120 milliards d’armement ? La baisse des revenus de l’Arabie saoudite va avoir deux conséquences majeures :

-               ce régime ne pourra plus maintenir la paix sociale dans son propre pays car les distributions d’argent qui maintenaient le calme et la sérénité ne pourront pas continuer,

-               le pays ne pourra plus propager dans le monde la pensée néfaste de l’école islamique la plus rétrograde qu’est le wahhabisme salafiste.

Aujourd’hui, les choses changent, économiquement et militairement, et deux blocs se forment. L’équilibre des forces s’établit ainsi : Israël et les États-Unis d’un côté, les pays salafistes de l’autre, et en face l’Iran, la Turquie soutenue par la Russie. Les missiles balistiques lancés par les Iraniens en Syrie contre des campements de Daech ont eu pour but d’impressionner les Saoudiens et de montrer que la réaction iranienne sera là le moment venu. La crise semble inéluctable car les Saoudiens sont obligés d’agir, mais face à la réaction saoudienne aura lieu une réaction irano-turque. La question sera de savoir dans quel camp se positionner : dans celui de la réforme ou celui du recul ?

Ardavan Amir-Aslani
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